C'Chartres Archéologie : Vases funéraires, restaurer pour comprendre

Patrimoine

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Publié le 27/03/2026

Sur le territoire

Portrait des personnes en charge de la restauration des vases et vues des différentes actions de restauration des vases.

À Chartres, la restauration de vases funéraires gallo-romains éclaire des pratiques dédiées aux tout-petits il y a près de 1 800 ans.


Entre juillet et octobre 2023, une fouille préventive conduite par C'Chartres Archéologie, sous la direction de Jérémie Viret, rue du Faubourg-la-Grappe, a révélé un secteur correspondant probablement à une entrée de ville antique. D'anciennes carrières de craie, des fours à chaux et surtout un ensemble remarquable de vases funéraires des IIe-IIIe siècles y ont été mis au jour, dans les remblais des carrières. Ces récipients, destinés à l'inhumation de périnatals, constituent l'une des plus fortes concentrations connues en Gaule.

Début 2026, quinze vases sélectionnés pour leur bon état de conservation ont fait l'objet d'une campagne de restauration. L'intervention a été menée par Ingrid Renault, céramologue, et Marjorie Maqueda, conservatrice-restauratrice à C'Chartres Archéologie, avec le concours d'Aïnhoa Crutel, étudiante en Master 2 de Conservation-Restauration des Biens Culturels à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Les pièces traitées couvrent une chronologie allant de la fin du Ier au IIIe siècle de notre ère.

Une nécropole pour nourrissons

Ces vases avaient une fonction spécifique : accueillir les corps de nourrissons décédés autour de la naissance, dans une nécropole qui leur était dédiée. Certains provenaient d'un usage domestique antérieur, d'autres étaient neufs, parfois même déclassés en raison de défauts de fabrication. Lorsque l'ouverture était trop étroite, le col était volontairement sectionné par un geste net, qualifié de « sabrage », afin de permettre le dépôt du corps. D'autres fractures, par percussion, ont également été observées sans que leur signification soit toujours établie.

La restauration n'a donc pas cherché à restituer l'objet tel qu'il sortait de l'atelier du potier, mais à retrouver l'état correspondant à son usage funéraire. Il s'agissait de conserver la trace du geste accompli lors de l'inhumation. Une partie des sédiments issus des remblais a été maintenue, afin de préserver le contexte archéologique. La perspective d'une présentation au public a également guidé les choix techniques.

Revenir au geste funéraire

L'intervention s'est déroulée selon un protocole précis : documentation photographique initiale, consolidations d'urgence par injections de colle, nettoyage contrôlé des surfaces, remontage provisoire pour identifier les zones de fracture liées au sabrage, marquage des fragments selon leur provenance stratigraphique, puis collage définitif. Une dernière campagne photographique a validé l'achèvement du processus.

Au-delà de la restauration, ce travail ouvre la voie à une étude comparative d'ampleur. Les données issues du Faubourg-la-Grappe pourront être confrontées à celles recueillies rue de Reverdy, autre site chartrain ayant livré des vases funéraires de périnatals des IIe-IIIe siècles. Cette mise en perspective permettra d'affiner la compréhension des pratiques funéraires antiques liées à la petite enfance et de mieux situer Chartres dans le paysage archéologique régional.

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