02 mars 2024
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Aux petits soins des arbres malades

Biodiversité.

Deux arbres malades

La direction du Patrimoine naturel de Chartres métropole assure un contrôle renforcé de la santé des arbres, en identifiant ceux qui sont malades et en intervenant avec des protocoles spécifiques pour limiter toute propagation des pathogènes. L'objectif est de préserver le précieux patrimoine arboré dans l'agglomération.

Ces vingt dernières années ont été marquées par des épisodes de canicules en France, notamment durant les étés 2003, 2005 et 2006 et plus récemment en 2019 et 2022.

Ces périodes de fortes chaleurs ont favorisé l'apparition et le développement de nombreux pathogènes (insectes et champignons) sur les arbres, entraînant la mortalité de certaines essences.

Après vous avoir présenté le chancre coloré du platane et la suie de l'érable, focus ce mois-ci sur deux autres maladies : le phytophtora de l'aulne et la chalarose du frêne.

Le phytophtora de l'aulne

Ce parasite est présent dans le sol sous la forme de micro-organismes filamenteux proches des champignons. Cette maladie se propage via différents moyens : par dissémination (eau, oiseaux, insectes…), par le sol et par le bois contaminé (résidus d'abattage).

Dans le milieu naturel, le phytophthora infecte principalement les plants par pénétration via les racines, les pores du tronc ou encore l'écorce.

L'espèce la plus touchée est l'aulne glutineux (Alnus glutinosa). Toutes les classes d'âges sont susceptibles d'être atteintes. En fonction de son âge, la mort de l'arbre peut être plus ou moins longue : un an pour les jeunes plants, plusieurs années pour des arbres plus âgés.

L'aulne est l'espèce la plus menacée dans les écosystèmes naturels européens, notamment sur les ripisylves (milieux arborés des arbres des bords de cours d'eau). Les agents de la direction du Patrimoine naturel de Chartres métropole ont constaté de nombreux individus touchés par cette maladie dans l'agglomération.

Symptômes et traitement

Les symptômes se traduisent par des feuilles en nombre réduit, de petite taille et jaunâtres, un houppier (haut de l'arbre) clairsemé, des tâches de couleur rouille à la base du tronc et des lésions sous l'écorce.

L'aulne est un arbre très utile en bord de cours d'eau, puisque cette espèce pionnière et locale limite l'érosion du sol (stabilité), a un effet auto-épuratoire contre certains polluants, accueille une grande biodiversité et diversifie les habitats aquatiques (zone de caches dans les racines).

Des retours d'expériences montrent que brûler les sujets malades sur place reste le meilleur moyen de limiter la propagation, et que le recépage de rejets d'aulne procure un effet de résistance plus important, car le phytophthora a plus de mal à s'insérer dans les racines.

De 2013 à 2016, une grande campagne de recépage a été menée sur le territoire de Chartres métropole. L'ensemble des aulnes touchés par le phytophthora ont été coupés à leur base pour favoriser leur régénération. La direction du Patrimoine naturel de Chartres métropole veille à la gestion des rejets non atteints de la maladie, tout en effectuant un recépage régulier décalé dans le temps pour obtenir des individus d'âges différents et maintenir ainsi cette espèce sur le territoire.

La chalarose du frêne

Apparue pour la première fois en France en 2008 en Haute-Saône, cette maladie s'est ensuite propagée de 60 kilomètres par an vers l'ouest, jusqu'à arriver en Eure-et-Loir en 2017/2018.

La chalarose est une maladie causée par un champignon, originaire de l'Asie du sud-est. Il apparaît en été sur les tronçons de bois tombés au sol l'année précédente sous forme de petites fructifications blanches (apothécies). Lorsque celles-ci libèrent leurs spores, elles infectent les feuilles, les rameaux et parfois les collets des arbres, formant des nécroses pouvant provoquer des pertes de feuilles, des mortalités localisées ou une mort générale de l'arbre.

La chalarose cible principalement de grands peuplements ou des jeunes sujets (plus faciles à contaminer que les arbres plus âgés) se trouvant au cœur d'un couvert forestier important et sur sols humides. Une marque nécrosée visible sur le collet (partie évasée du tronc d'un arbre) est significative d'un stade avancé de la maladie.

Un individu malade est potentiellement plus vulnérable, ce qui fait l'affaire d'autres champignons. C'est le cas de l'armillaire, qui agit comme un parasite secondaire en dégradant les tissus de l'arbre à l'aide d'enzymes. Son action de contamination accélère le processus de pourriture par prolifération jusqu'à ce que l'arbre se couche au sol.

Les étés chauds de ces dernières années ont renforcé l'impact de ce pathogène sur les populations de frêne commun (Fraxinus excelsior).

Les études ont constaté que 1 à 3 % des frênes possèdent un gène de résistance très élevé leur permettant de rester sains dans un contexte favorable à la maladie, et 20 à 30 % ont un état sanitaire peu dégradé. Les équipes de la direction du Patrimoine naturel de Chartres métropole s’emploient à conserver les sujets sains et favorisent la régénération naturelle par des semis, ce qui permettra au fil des années de transmettre ce caractère génétique à des peuplements plus dense, limitant ainsi la propagation de la maladie.