29 mai 2024
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Il se la coule douce

Biodiversité.

Brochet dans un cours d'eau, vu du dessous

La période de froid influe sur le comportement des animaux. Des oiseaux migrent vers des destinations plus chaudes. Les insectes sont à l'état de larves. Les chauves-souris hibernent… À l'inverse, les poissons d'eau douce, eux, sont très actifs et en profitent pour se reproduire, à l'image du brochet.

 


On dénombre près de 30 000 espèces de poissons dans le monde, dont une centaine en France métropolitaine.

Les poissons vivent dans différents milieux : les eaux salées (mers et océans), les eaux saumâtres (estuaires de fleuves) et les eaux douces (fleuves, lacs, étangs, rivières, ruisseaux…). Dans un même cours d'eau douce, on trouve différentes espèces de poissons selon les habitats et leurs caractéristiques écologiques : hauteur et température de l'eau, oxygénation, quantité de substrat… On parle alors de zonation piscicole, qui se divise en plusieurs catégories.

Zonation

La zone à truites offre une eau fraîche (température inférieure à 10°C), bien oxygénée et rapide. On y trouve peu de végétation immergée.

Dans la zone à ombres, l'eau excède rarement les 15°C, la végétation immergée commence à s'installer et l'écoulement de l'eau est un peu plus faible.

Dans la zone à barbeaux, l'eau est plus profonde et plus calme. La présence de graviers et de sable offre des habitats divers pour un grand nombre de poissons.

Enfin, la zone à brèmes offre une eau pouvant dépasser les 20°C et dispose d'une végétation immergée abondante. C'est une zone idéale pour les poissons carnassiers en quête de proies.

Schéma expliquant la zonation piscicole

Adaptation

Reproduction, naissance, croissance, alimentation… Les poissons ont un cycle de vie adapté au milieu dans lequel ils se trouvent. Certains sont également capables de vivre dans différents milieux aquatiques, en se développant en eau douce et en se reproduisant dans l'eau salée ; on parle d'espèces catadromes, dont l'exemple le plus connu est l'anguille européenne (Anguilla anguilla). A contrario, certaines espèces vivent dans des milieux salés et se reproduisent en eau douce ; on parle d'espèces anadromes. L'exemple le plus connu étant le saumon d'Atlantique (Salmo salar).

Reproduction

Chez les poissons, on appelle les zones de reproduction des frayères. Certaines espèces recherchent des eaux froides, claires, oxygénées et peu profondes. D'autres ont besoin d'eau chaude et salée. Pour les poissons vivants en milieu fermé (mares, étangs, lacs), les zones de fraie sont les mêmes que leur lieu de vie.

La grande majorité des poissons d'eau douce se reproduit au printemps (de février à mai), dans une eau bien fraîche.

Pour les espèces pondeuses, le nombre d'œufs est très variable : de quelques centaines pour le chabot contre plusieurs milliers pour le sandre.

Le brochet, indicateur de qualité

Le brochet (Esox lucius) est un carnassier fusiforme qui peut mesurer jusqu'à 1,50 mètre de long et peser jusqu'à 20 kg. Ce prédateur possède une dentition impressionnante : sa gueule peut contenir plus de 500 dents acérées.

C'est un excellent indicateur de l'état du milieu : il est exigeant sur la qualité de l'eau, notamment pour sa reproduction.

En France, le brochet est classé « vulnérable » sur la liste rouge des espèces menacées. En cause, les zones humides qui disparaissent et les zones de reproduction qui se font plus rares, car le niveau d'eau baisse trop rapidement pour que les jeunes alevins grandissent et regagnent le cours d'eau.

Une frayère aménagée par Chartres métropole

En collaboration avec la Fédération départementale de pêche, Chartres métropole a aménagé en 2007 au cœur de la prairie de Luisant une frayère à brochets, pour accueillir durablement l'espèce et lui permettre de se reproduire.

Entre février et avril, la zone de fraie se remplit en eau lorsque l'Eure est en crue. Une vanne est alors actionnée manuellement pour que les adultes viennent frayer dans cette végétation aquatique et est ensuite refermée. Cette vanne est ensuite de nouveau ouverte vers le mois de mai-juin pour laisser repartir les jeunes brochetons dans la rivière.

Suivi scientifique : les pêches d'inventaire

Plusieurs personnes effectuant une pêche d'inventaire dans un cours d'eau, avec des épuisettes

Chaque année, les techniciens rivière de la direction du Patrimoine Naturel de Chartres métropole participent avec la Fédération départementale de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques à des pêches d'inventaire. Elles permettent d'évaluer et de mieux connaître la population piscicole présente dans les cours d'eaux traversant l'agglomération.

Depuis 2010, les résultats sont très encourageants, avec une augmentation du nombre d'espèce de poissons et une bonne qualité piscicole, preuves que les aménagements de restauration de la continuité écologique de l'Eure menés par Chartres métropole réalisés le long de l'Eure portent leurs fruits.

En 2020, une anguille de près de 15 cm a même été retrouvée : du jamais vu depuis plus de 40 ans !