01 March 2024
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Une stratégie d'avenir – Chartres métropole labellisée Territoire d’industrie

Chartres métropole, Territoire d’industrie.

Jean-Pierre Gorges, président de Chartres métropole, et Guillaume Kasbarian, député de la première circonscription d’Eure-et-Loir et président de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale.

Chartres métropole vient d'être retenue comme Territoire d'industrie par l'État. Ce programme national veut faciliter et accélérer les projets des territoires pour réindustrialiser le pays.

Les explications de Jean-Pierre Gorges, président de Chartres métropole, et de Guillaume Kasbarian, député de la première circonscription d'Eure-et-Loir et président de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée Nationale.


Votre Agglo : Quels sont les objectifs du programme Territoires d'industrie ?

Jean-Pierre Gorges : J'ai pris l'initiative de cette candidature, au nom de Chartres métropole, dont le développement économique est la première compétence. Regardez autour de vous : depuis plus de vingt ans, le territoire de Chartres métropole a connu une croissance que chacun peut vérifier sur le terrain. Nos zones d'activités sont largement remplies et les investissements, notamment industriels, se multiplient. Avec des conséquences, sur le foncier, que nous devons maîtriser davantage, sur l'emploi, où les offres notamment qualifiées sont plus difficilement satisfaites. Le programme Territoires d'industrie, peut permettre d'y répondre. C'est une proposition intéressante de l'État. Car chacun a compris que la mondialisation nous a fait perdre la tête, et des savoir-faire. Moins industrie, qui crée plus que d'autres activités de la valeur ajoutée, c'est moins d'évolution des salaires, moins de progression des carrières professionnelles, moins d'espoir pour chacun de voir avancer sa vie.

Heureusement, nous avons ici une forte tradition industrielle qui s'est maintenue et même accentuée. C'est grâce à nos entreprises que Chartres métropole a pu remporter le titre convoité de Capitale de la Cosmetic Valley. C'est notamment grâce aux investissements considérables de Novo Nordisk que notre agglomération a pris une position première dans Polepharma, dont les bureaux sont à Chartres. Et, diversification bienvenue, des entreprises importantes ont élu Chartres pour s'implanter et se développer. Nous avons ici construit notre croissance économique en favorisant ce que j'ai appelé notre développement « endogène ». En clair, si nous nous occupons bien des entreprises déjà installées chez nous, elles investiront ici plutôt qu'ailleurs. Cela se saura et d'autres auront envie de venir. De plus, nous constatons aussi que nombre de nos industries travaillent pour l'exportation. Leur champ d'activité est aussi national et international. Et là, la France étant ce qu'elle est, l'État joue un rôle majeur.

Ce qui est vrai dans l'espace est également vrai dans le temps. Notre stratégie communautaire a toujours été de moyen et long terme, comme celle des projets industriels où les investissements sont considérables et se rentabilisent sur dix, vingt ou trente ans. Le temps industriel dépasse largement le temps d'un seul mandat politique. C'est pour cela que nous travaillons avec les autorités et les gouvernants successifs : toute politique partisane serait contre-productive. C'est pourquoi je suis très heureux que notre candidature au programme Territoires d'Industrie ait rencontré l'assentiment et le soutien général de nos grands élus, nos parlementaires et aussi le président de la Région Centre-Val de Loire. Porter ensemble pareil projet est la première garantie du succès. Guillaume Kasbarian et François Bonneau en sont également conscients. Dans le langage d'aujourd'hui, ce sont nos premiers influenceurs !

Guillaume Kasbarian : Territoires d'industrie est un programme qui permet de faciliter et d'accélérer les projets industriels locaux. J'ai participé à sa création en 2018. Aujourd'hui président de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée Nationale, je regarde attentivement les candidatures d'une nouvelle série de territoires et particulièrement celle de Chartres métropole. L'objectif général, c'est de réindustrialiser notre pays, après des décennies de désindustrialisation.

L'enjeu est d'abord de recréer des emplois aussi bien dans le monde industriel que dans l'écosystème qui l'entoure. Un emploi industriel crée à côté de lui un emploi et demi direct avec la sous-traitance, et trois emplois indirects à travers le commerce, les services, et encore le bâtiment.

L'enjeu est aussi de renforcer notre souveraineté, notre indépendance : la pandémie de Covid-19 et le conflit ukrainien nous ont montré l'importance de reprendre la maîtrise de la production de biens essentiels à notre vie quotidienne, en France et en Europe.

L'enjeu est enfin écologique : ce qui est produit par notre industrie en France permet de réduire nos émissions de CO2, notamment car nous avons la chance de bénéficier d'une électricité décarbonée.

Notre pays peut réussir sa réindustrialisation. Depuis 2017, nous comptons 300 nouvelles usines et 100 000 emplois industriels créés. La France est aussi devenue le premier pays européen d'accueil des investissements étrangers. Quand une grande entreprise s'installe ici et investit des dizaines voire des centaines de millions d'euros, elle a besoin de volonté politique, de visibilité et de stabilité. Autrement elle va s'installer ailleurs. Il est donc essentiel que tous les acteurs et décideurs, locaux et nationaux, œuvrent dans le même sens.

Une zone d'activité vue du ciel

VA : Quel est l'intérêt d'être retenu dans le programme Territoires d'industrie ?

JPG : C'est de permettre de raccourcir le temps de passage d'un projet à sa réalisation. On ne peut pas accepter que ce délai soit encore deux fois plus long en France qu'en Allemagne. Et ce n'est pas seulement une question d'impôts et de charges. Pour aboutir, un projet industriel doit franchir avec succès tous les filtres d'innombrables échelons de décision, avec leurs procédures toujours plus compliquées qui ne cessent de s'allonger depuis vingt ans. Je ferai un parallèle avec le programme Action Cœur de Ville qui nous permet, à Chartres, d'accélérer ces mêmes procédures, de les réduire, voire d'en supprimer certaines. Votre projet devient concrètement prioritaire dès lors qu'il a été reconnu parce qu'il répond aux orientations du territoire et du pays. Tous les acteurs le regardent différemment, positivement, des instances électives aux banquiers en passant par les administrations des ministères.

Votre territoire devient également un phare qui peut inciter d'autres entreprises à venir s'installer. Bref, c'est un levier à plusieurs commandes. Tous les dirigeants des principales entreprises installées chez nous ont soutenu comme un seul homme notre candidature à ce programme. Tous identifient notamment le besoin de travailleurs qualifiés et donc formés pour les métiers spécifiques de leur activité. Nous avons le projet de créer ici un Campus de formation qui permettra d'y répondre. Dans le cadre du programme Territoires d'Industrie, ce projet va pouvoir avancer plus vite, réunir les partenaires nécessaires à son aboutissement, et donc dépasser les féodalités habituelles, parfois barricadées derrière des procédures sans nombre.

GK : Entre 2018 et 2022, Territoires d'industrie a aidé 150 territoires à concrétiser 2 000 actions locales pour attirer, recruter, innover et simplifier. Le programme met tous les acteurs autour de la table pour accélérer les initiatives locales. C'est un programme décentralisé : le territoire pose sa candidature, fédère les acteurs économiques, définit ses priorités. L'État et la Région viennent ensuite en appui, pour aider et accélérer la mise en œuvre.

En 2023, le Président de la République a souhaité le lancement d'une nouvelle phase, pour amplifier la dynamique de réindustrialisation dans de nouveaux territoires. Rapporteur du projet de loi relatif à l'industrie verte, j'ai donc contribué au renforcement du programme, avec une ingénierie locale plus performante, un soutien plus important aux investissements productifs et de formation, un accompagnement plus fort des collectivités sur le foncier industriel. Territoires d'industrie a été doté d'une nouvelle enveloppe de 100 millions d'euros. Je me réjouis que Chartres métropole puisse pleinement tirer parti de ce programme, pour que les projets industriels se concrétisent plus rapidement et que les Euréliens en bénéficient au plus vite.

VA : Quels sont à vos yeux les atouts du territoire de Chartres métropole ?

JPG : Tout se tient. Et notre premier atout c'est que tout avance de façon continue et cohérente. Car notre bassin d'activités économiques est d'abord notre bassin de vie commune. La valeur ajoutée des industries finance aussi les impôts économiques qui permettent à Chartres métropole et à ses communes de financer les équipements publics, notamment culturels et sportifs (l'Odyssée, le Colisée, etc.), et les infrastructures (le Pôle Gare ou le nouveau Parc des Expositions, par exemple) qui renforcent le bon fonctionnement de notre territoire. Et donc son attractivité. D'autres ont alors envie d'y venir. Et c'est ce cercle vertueux qui favorise un développement harmonieux dans la durée. J'ai toujours pensé qu'un plan, même moyen mais joué jusqu'au bout, obtient de meilleurs résultats que des plans successifs, même bons, mais contradictoires et de courte durée.

Notre stratégie fonctionne, les industriels comme l'État en ont pris conscience.

GK : Chartres métropole est une terre de réussites économiques, avec un taux de chômage plus faible qu'au niveau national et une contribution positive à la balance commerciale de la France.

Ces bons résultats, nous les devons avant tout aux habitants du territoire. Soyons fiers des agriculteurs qui assurent notre souveraineté alimentaire, des ouvriers de l'industrie pharmaceutique qui produisent des traitements essentiels aux patients de toute l'Europe, des salariés de grandes maisons de la cosmétique qui font rayonner la marque France dans le monde.

Ces bons résultats, nous les devons aussi à la volonté politique des élus de Chartres métropole, qui ont su accueillir, accompagner et encourager les entreprises du territoire dans leur expansion. Des élus qui ont réussi à concilier croissance économique et développement durable, avec de nouvelles infrastructures et équipements publics pensés sur le long terme. Une stratégie gagnante qui attire de nouveaux investissements et créations d'emplois que d'autres territoires de France nous envient.

Nous devons d'ailleurs anticiper une croissance des besoins de recrutement. Je me réjouis de voir un nombre record de jeunes du territoire faire le choix de l'apprentissage, de la formation aux métiers de l'industrie, pour rejoindre ces belles aventures économiques.

Oui, l'industrie a un bel avenir à Chartres métropole !

 


« L'importance d'agir ensemble »

Daniel Gueret, sénateur d'Eure-et-Loir, membre de la commission sénatoriale de l’Aménagement du Territoire

Le sénateur Daniel Guéret a soutenu la candidature de Chartres métropole au titre de Territoire d'industrie. La clé du succès : agir ensemble et dans la durée.

Votre Agglo : Quelle a été votre part dans l'appui à la candidature de Chartres métropole pour l'obtention du label Territoire d'industrie ?

Daniel Gueret : C'est le rôle d'un parlementaire d'agir auprès des instances nationales pour l'obtention d'un pareil label. A fortiori quand on est sénateur, où l'on représente plus particulièrement les territoires de notre pays. Membre de la commission sénatoriale de l'Aménagement du Territoire, j'avais eu l'occasion de rencontrer le nouveau directeur général de l'Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires (ANCT). J'avais déjà évoqué avec lui ce qui se faisait dans l'Agglomération chartraine depuis vingt ans, sous l'autorité de Jean-Pierre Gorges. A la demande de celui-ci, j'ai donc écrit au directeur général de l'ANCT qui a instruit les dossiers de candidatures, ainsi qu'à Roland Lescure, le ministre de l'Industrie, et à Dominique Faure, la ministre déléguée aux Collectivités Territoriales. Il est en effet essentiel que les diverses autorités de l'Etat soient sensibilisées au fait que tous les élus du territoire concerné appuient ensemble ce genre d'initiative, quelle que soit leur appartenance politique par ailleurs. C'est la première condition de l'efficacité. C'est également un signe capital pour les dirigeants des entreprises qui se battent tous les jours. Toutes les énergies doivent aller dans le même sens.

VA : Quels arguments avez-vous développés pour favoriser la candidature de Chartres métropole ?

DG :Sensiblement les mêmes que, conseiller régional à l'époque, j'avais formulés pour faciliter l'implantation à Chartres de l'antenne Polytech de l'Université d'Orléans, qui forme les ingénieurs dont nous avons besoin, notamment pour nos entreprises de cosmétique et de pharmacie. Trop souvent, l'action des élus se limite à des intentions, sincères par ailleurs, mais le volontarisme du président de Chartres métropole est désormais connu et reconnu. Nos candidatures peuvent donc s'appuyer sur des actes et des résultats, sur une continuité et une cohérence. Chartres métropole agit dans le même sens depuis vingt ans et sa stratégie d'équipement et d'investissement se vérifie sur un temps long, bien au-delà de la durée d'un mandat politique. Il est donc plus facile de se faire entendre par l'Etat quand les fondamentaux de l'action locale sont établis. Tout le monde doit en être bien conscient, car il ne s'agit pas seulement d'enjeux industriels mais aussi d'emplois et d'emplois qualifiés. Et cela concerne non seulement la population du territoire de Chartres métropole mais aussi celle du département d'Eure-et-Loir, dont l'Agglo est le moteur économique. Dans la durée, Jean-Pierre Gorges et les élus de Chartres métropole ont démontré mandat après mandat leur capacité à travailler dans le même sens, à développer la même stratégie auprès des interlocuteurs quels qu'ils soient. L'obtention de ce label et de tout ce qui va avec en apporte une preuve supplémentaire.