17 janvier 2021
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Michel Brice sur la chasse en Eure-et-Loir

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Les gens de l'Agglo.

Il faut lire le livre de Michel Brice, « Il était une fois la chasse en Eure-et-Loir ». Le titre évoque le conte. Une tradition aussi, venue « des origines à 2004 ». Cette date peut surprendre, sauf si l’on sait que l’auteur acheva cette année-là 10 années de présidence à la tête de la Fédération des Chasseurs d’Eure-et-Loir. Une manière discrète de s’inscrire dans une continuité venue du fonds des âges.

Nous vivons sur une terre où la chasse reste un véritable phénomène de société. Elle rassemble encore les âges et les classes, vraie culture rurale qui façonne durablement nos mentalités. Pourtant, 30 000 il y a quelques décennies (plus d’1 habitant sur 10), les chasseurs d’Eure-et-Loir se comptent seulement 10 000 aujourd’hui.

La myxomatose a tué les lapins, les remembrements ont fait fuir les oiseaux. Voilà pour les explications simples. La recette du pâté de Chartres en témoigne : le canard a depuis longtemps remplacé les pluviers et les chevaliers guillards.

Michel Brice explique, sans réquisitoire. Car qui aurait pu prévoir que les perdrix autrefois si nombreuses pâtiraient de l’abandon d’une variété de maïs tardif, dépassée par les progrès de l’irrigation… « Certains l’avaient vu pourtant. Les perdreaux devenaient moins nombreux, remplacés dans les tableaux toujours aussi abondants par les perdrix. »

Pour comprendre ce livre, il faut avoir croisé Michel Brice dans les rues de Chartres. Il les parcourt comme la Beauce, le pas vif, l’œil sur le détail d’un pignon, d’une fenêtre, d’un alignement de façades. Exactement comme il le ferait de l’étendue d’un champ, des ombres d’une lisière, de la direction du vent. Chien courant en somme, davantage que chien d’arrêt.

Quoique… L’homme ne dédaigne pas l’anecdote. Mais il ne retient que celles qui font sens, loin des tartarinades. Avec une tendresse certaine pour les mœurs villageoises, les particularités communales, les tournures imagées du patois beauceron.

Et puis, toujours en souplesse, il tire les leçons sans idéologie, aligne les chiffres, en tire des observations sur l’évolution des mentalités, critique les idées reçues (qu’est ce qu’un gibier « naturel », le renard « nuisible » l’est-il totalement, qui doit réguler les sangliers trop nombreux ?). Il interroge la responsabilité du chasseur, avec la franchise d’un frère.

« Je me suis plongé dans les archives. Je ne pouvais me contenter de mes souvenirs, des seules choses entendues. J’ai redécouvert que la chasse était une liberté, conquise à la Révolution française, l’un des acquis de la Nuit du 4 Août. Cette dispute sociale a continué, les grands propriétaires fonciers et les cultivateurs n’ont cessé de s’affronter. Tous étaient chasseurs, mais pas des mêmes gibiers, mais pas sur les mêmes territoires », selon des frontières que le gibier se plaisait à ignorer. Et surtout le gros gibier.

Il y a peu cantonnés dans les bois et les forêts, cerfs et sangliers ne faisaient pas le quotidien des chasses communales, sauf pour les dégâts causés aux cultures. Mais le chevreuil a depuis investi la plaine de Beauce, et il écrit aujourd’hui une partie du présent de la chasse commune.

Reste un récit peuplé de figures célèbres (Alexandre Dumas, Paul Vialar…) et moins connues, d’animaux mythiques (même si le loup a de nouveau été vu par ici !) ou encore heureusement familiers.

Vous en sortirez avec l’envie de pouvoir nommer, au petit matin, l’oiseau qui s’envole au-dessus des arbres là-bas. Hêtres ou chênes ? Alouette ou bécasse ? À 80 ans, avec une passion documentée,
Michel Brice démêle les voies entrecroisées de cette histoire. Avec une conviction : comme depuis l’origine, le chasseur reste, par nécessité, le premier serviteur de la Nature.