23 juin 2021
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« La surface forestière en France a doublé entre 1850 et 2019 »

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Biodiversité.

Chartres accueillera, du 29 septembre au 3 octobre, le 20e Congrès de l’Union Européenne des Forestiers. Les représentants de 85 000 praticiens de la forêt de 21 pays d’Europe débattront autour du thème « Quelle multifonctionnalité pour les forêts impactées par le changement climatique ? »

À cette occasion, Votre Agglo a ouvert ses pages à Gilles Van Peteghem, ingénieur forestier et responsable du comité d’organisation de ce congrès.


La forêt est un espace particulier dont le lien avec nos sociétés est pluriséculaire. Ce lien qui nous unit à la forêt est fortement influencé par la perception que nous en avons, que celle-ci soit objective ou subjective. Ce n’est pas qu’un regroupement d’arbres, mais un écosystème dont le fonctionnement est particulièrement complexe.

Cet écosystème, surtout sur le territoire métropolitain, a évolué sous l’influence des activités humaines. C’est ce qui explique pour partie les relations particulières entre l’homme et la forêt. Ce constat est traduit dans la réglementation forestière française par le terme de multifonctionnalité. Dans Histoire des forêts françaises de Gustave Hueffel, analysée et commentée par Jean-Marie Ballu et Georges-André Morin (éditions du Centre National de la Propriété Forestière), la forêt française a subi des allers-retours permanents entre période de défrichement intense et période de reconquête des espaces forestiers.

Selon les données de l’Institut Forestier National, la surface forestière en France métropolitaine a doublé entre 1850 et 2019, pour atteindre aujourd’hui près de 17 millions d’ha, soit 31% du territoire.

La forêt est en interaction avec d’autres milieux :

  • l’atmosphère, par la production d’oxygène, la captation du CO2, la filtration des poussières (50 tonnes par ha et par an)...
  • les milieux naturels : les tourbières, les étangs, les rivières, par exemple avec un rôle de filtration des eaux de ruissellements ; - les milieux agricoles : prairies, cultures, par exemple avec la réduction des impacts du vent ;
  • les milieux artificiels : zones habitées, axes de circulation, par exemple en réduisant les risques naturels en montagne.

Élément essentiel de la biodiversité

La forêt est un élément essentiel de la biodiversité, puisqu’elle abrite 80% de la biodiversité terrestre, mais elle représente aussi des paysages et un cadre de vie qui participent à l’attractivité de nos territoires.

C’est aussi le support d’une économie importante et en développement au cœur de la prochaine transition écologique, qui doit contribuer à une réduction des effets des évolutions du climat. Actuellement, près de 400 000 emplois ont un lien direct avec la forêt.

Comme je l’ai indiqué précédemment, la forêt n’est pas qu’une juxtaposition d’arbres. Il existe entre les individus d’une même espèce (un forestier parlera d’essence) des échanges, mais également des relations avec d’autres espèces d’arbres, avec d’autres végétaux, voire également avec certains animaux.

Voici quelques exemples de relations entre les arbres et leur milieu dans nos forêts :

  • lorsqu’un arbre d’une espèce donnée subit une attaque par un bio-agresseur, il produit des molécules qui vont permettre aux arbres de la même espèce de secréter des substances permettant de combattre ce bio-agresseur. C’est notamment le cas pour l’épicéa lors d’une agression de scolytes, l’arbre produisant alors plus de résine pour engluer l’insecte ;
  • certaines espèces d’arbres doivent être en mélange avec d’autres essences pour que leurs graines puissent germer. C’est notamment le cas dans les mélanges hêtre/sapin pectiné : les graines de hêtre germent
    sous les sapins pectinés, et réciproquement ;
  • vous trouverez des cèpes sous la frondaison des chênes, mais jamais sous celle des hêtres.

Et l’arbre en ville ?

Ceci explique pourquoi l’arbre en ville ne peut pas avoir le même fonctionnement, le même développement qu’un arbre au milieu de la forêt.

Même si celui-ci conserve ses capacités de captation du CO2 et son potentiel sociétal en termes de paysage et/ou de lien avec une partie de la faune, il subit des contraintes majeures qui ont un impact sur son accroissement et sa capacité de résistance aux bio-agresseurs.

En effet, si dans le milieu forestier le réseau des champignons, en complément du système racinaire, permet à l’arbre d’améliorer son alimentation en eau et en nutriments, c’est plus difficilement le cas en ville, notamment pour les arbres d’alignement en bordure des voies publiques.

De plus, un arbre en milieu forestier dispose d’une profondeur de sol qui permet aux racines de pouvoir prospecter un volume plus important de sol que celui présent autour des arbres de centre-ville.

De même, en forêt, l’arbre va bénéficier de l’apport en nutriments de la décomposition de ses feuilles par les champignons et toute la microfaune du sol. Ce n’est pas le cas en ville, où les feuilles sont généralement évacuées.

En outre, l’absence d’une profondeur permettant un enracinement conséquent peut conduire à rendre ces arbres beaucoup plus sensibles aux événement venteux.

Il faut noter également que certaines espèces d'arbres ne sont pas adaptées aux contraintes de nos vies urbaines. Deux exemples :

  • le saule pleureur qui, comme le pin, développe des racines à la surface du sol et provoque le soulèvement des trottoirs et des chaussées ;
  • la puissance des racines du cèdre peut mettre en péril les fondations de habitations ou détruire des canalisations.

Si l’implantation d’arbres en ville, judicieusement choisis, présente des intérêts sociétaux indéniables au titre du cadre de vie, ces arbres n’ont pas les mêmes fonctions et les mêmes capacités à fournir la totalité des services que ceux que nous rendent les arbres de nos forêts.