27 novembre 2021
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Jean-Pierre Gorges : « La solidarité, ça doit marcher dans les deux sens ! »

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Interview.

Jean-Pierre Gorges, président de Chartres métropole, fait le point sur l’actualité et les dossiers en cours.


Votre Agglo : Comment se présente cette rentrée sur le territoire de Chartres métropole ?

Jean-Pierre Gorges : Nous continuons à investir plus que jamais, malgré la pandémie. Tout avance.

Même le Pôle Administratif, qui va rassembler la plupart des guichets des services publics auxquels s’adressent les habitants de l’Agglomération. J’entends certaines polémiques. Elles m’étonnent, venant de ceux qui prétendent tout régler par Internet et qui, se contredisant aussitôt, clament qu’il faut remettre « de l’humain » à tous les niveaux.

La Gare de Chartres, l’un des cœurs de notre agglomération, est aujourd’hui largement opérationnelle avec son système de billetterie pour tous types de transport. Merci à notre agence des mobilités. Sa passerelle, dont l’architecture vient d’être récompensée par un prix au niveau national, permet de desservir les quais et bientôt la plateforme multimodale d’où arriveront et repartiront les bus, les cars, etc. Son parking est en construction : il va permettre d’offrir un stationnement facile à ses usagers qui verront raccourcir leur temps de parcours domicile-travail, au lieu de chercher chaque matin un endroit où laisser leur voiture. Réaction en chaîne, cela désencombrera les rues voisines. Jusqu’au parking de l’Hôpital ! Le chantier du Complexe culturel et sportif progresse vite. Il est attendu par tous les amateurs de sports et de spectacles. Nous venons de créer la Société Publique Locale qui va conduire la programmation des spectacles à venir.

Nous avançons également sur le projet du Pôle nord-est, qui englobe non seulement les terrains de l’ancienne base aérienne, mais aussi une large partie du quartier de La Madeleine. Et d’abord dans l’intérêt des habitants, qui attendent de voir se desserrer un urbanisme trop dense. C’est la raison première de la réorganisation préalable de la zone commerciale existante. L’aérodrome a été déplacé, modernisé, le chantier du nouveau Parc des Expositions devrait débuter fin 2021/début 2022. Nous réfléchissons aussi avec Lucé et Mainvilliers, où les projets d’urbanisme en cours visent d’abord à améliorer le mieux vivre dans une zone urbaine saturée. Comment penser des zones commerciales dans le monde urbain ?

VA : Comment également penser les infrastructures routières et autoroutières dans la même zone urbaine ?

JPG : La Ville de Chartres passe progressivement en zone 30. Nous supprimons les feux tricolores l’un après l’autre. Nous y allons doucement. Pas d’idéologie sectaire, pas de brutalité anti-voitures, du pragmatisme avant tout. Et puis, je pose la question : cette expérience chartraine doit-elle s’arrêter aux limites de cette commune ? Faut-il l’étendre à l’ensemble des communes de la zone urbaine ? Pourquoi ne pas agir dans le même esprit, celui qui nous conduit à étendre sans cesse le Plan Vert en amont comme en aval de Chartres, le long de l’Eure, à la satisfaction générale ?

J’insiste toujours sur la continuité et la cohérence qui doivent nous animer dans l’organisation de notre territoire commun à moyen et long termes. D’autant que les résultats sont là : nos zones d’activités sont quasiment pleines d’entreprises avec leurs emplois.

Au point que nous regardons désormais vers le nord, au-delà de Lèves, près du passage prévu de l’A154. Vous comprenez pourquoi depuis 20 ans ou presque, je pousse à la réalisation de cette autoroute A154 entre la N12 et l’A10. Pourquoi l’Eure-et-Loir resterait-elle le chaînon manquant de cet arc autoroutier qui contourne la région parisienne ? Je n’ai encore trouvé personne qui puisse justifier l’absence de ce barreau eurélien.

C’est l’outil pour décongestionner les agglomérations de Dreux et de Chartres. Ceux qui perdent leur temps chaque jour dans les bouchons sur la rocade savent de quoi je parle. Cette rocade doit redevenir un boulevard urbain. À l’autoroute les cortèges de poids lourds qui encombrent et polluent les quartiers de nos villes ! Je ne comprends pas ces soi-disant écologistes qui refusent ce projet nécessaire tout en prétendant lutter contre la pollution, les gaz d’échappement, le bruit, etc

Et je me réjouis que l’État, la Région et nos collectivités soient désormais unis pour faire aboutir ce projet. Il n’est que temps ! C’est d’ailleurs l’un des grands problèmes de notre pays : il faut désormais 2 à 3 fois plus de temps pour faire aboutir un projet et son chantier que lorsque je suis arrivé aux affaires en 2001.

Toujours plus de normes, de contraintes réglementaires, de recours de pseudo-écologistes. Résultat : plus c’est lent, plus c’est cher ! Nous sommes devenus 2 fois plus lents que les Allemands, 3 fois plus que les Chinois. Pareil pour l’énergie : on pousse au tout électrique, mais on refuse le nucléaire pour favoriser notamment l’éolien, vrai scandale financier et paysager, financé à grand renfort de taxes sur notre consommation… d’électricité. Mais ces taxes-là, personne n’en parle.

VA : Comment financer les investissements de l’Agglo ?

JPG : Tout ce qui a été fait depuis 20 ans l’a été sans augmentation de la fiscalité sur les habitants de l’Agglomération. C’est pourquoi nous avons créé notre réseau d'Établissements Publics Locaux (EPL) qui permettent à Chartres métropole de conduire chaque type d’investissement en en gardant le contrôle stratégique tout en en conservant les bénéfices d’exploitation. Chaque établissement est doublement contrôlé, chacun par un commissaire aux comptes et par les organismes de contrôle public de l’État, Chambre régionale des Comptes, Direction départementale des Finances Publiques, et contrôle de légalité de la Préfecture.

Depuis 2014, l’État et les gouvernements successifs ont diminué massivement la Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) des communes et des collectivités locales. Ou, si vous préférez, la suppression progressive de la taxe d’habitation a été financée par cette baisse qui se poursuit, malgré les dires de certains. Et nous verrons ce qui se passera après 2022 et l’élection présidentielle. Le « quoi qu’il en coûte » va vite trouver ses limites. Déjà, près de 40% des communes françaises ont augmenté cette année leur taxe foncière. Quand nous créons celle prélevée par l’Agglomération, nous évitons aux communes membres de Chartres métropole d’augmenter la leur. Et cet argent est exclusivement consacré à l’investissement, plutôt qu’au fonctionnement.

VA : Certains y trouvent matière à polémique ?

JPG : Ils font de la petite politique. Que chacun compare le montant de sa précédente taxe d’habitation à celui de la taxe foncière de l’Agglo…

Et surtout, nous menons depuis des années une vraie politique de solidarité financière avec toutes les communes de l’Agglomération. Ce sont plus de 10 millions d’euros que nous versons chaque année à nos 66 communes au titre de la Dotation de Solidarité Communautaire (DSC). Lors du dernier Congrès des maires d’Eure-et-Loir, le président du Département a annoncé qu’il versait chaque année 11 millions aux 400 communes d’Eure-et-Loir… Et en plus, nous y ajoutons chaque année plus de 2 millions au titre des Fonds de concours. Cet argent va exclusivement aux communes périurbaines et rurales, les plus fragilisées par la baisse des dotations de l’État. Cela leur permet de continuer à investir pour le mieux-vivre de leur population. DSC et Fonds de Concours ne sont pas, aux termes de la Loi, une obligation pour les intercommunalités.

Ces investissements, cette solidarité volontaire fondent l’identité même de Chartres métropole. Chaque collectivité, et l’Agglo ne fait pas exception, a sa propre autonomie financière, avec ses recettes et ses dépenses. Il ne me viendrait pas à l’idée de me mêler des finances de telle ou telle commune (sauf Chartres, évidemment). Et donc, quand il participe aux débats de l’Agglomération, chaque élu, chaque maire, n’agit pas au nom de sa commune d’origine. Il ne vote pas en vertu d’un « mandat impératif » qui lui serait imposé par son conseil municipal. Il participe, il vote au nom de l’intérêt général de l’Agglomération tout entière. La solidarité, ça doit marcher dans les deux sens !

VA : Certains remettent aussi en cause la gouvernance de l’Agglomération, dénoncée par eux comme trop autoritaire ?

JPG : Si c’était vrai, croyez-vous que nos décisions et nos budgets seraient votés à plus de 90% de majorité en moyenne ? Tous nos projets, toutes nos décisions sont d’abord présentés devant la Conférence des maires, que nous avons mise en place depuis des années, bien avant que la Loi ne l’ait imposée. Chaque maire y donne son avis. Et l’avis de la Conférence est communiqué aux élus du Conseil communautaire ainsi qu’aux élus municipaux des communes membres. Chaque commission vote également les projets qui lui sont soumis pour examen. Enfin, le Conseil communautaire se prononce au cours d’un débat public, que chaque citoyen peut suivre en direct sur www.chartres-metropole.fr.

La démocratie, c’est le vote ! Et à toutes les étapes de chaque projet !