17 janvier 2021
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Jean-Pierre Gorges : « Agir, anticiper, investir »

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Interview.

6 janvier 2021, la crise sanitaire se prolonge, même si les vaccins proposent une porte de sortie. À terme.

Comment orienter l’action de la Communauté d’agglomération dans un tel contexte ? Pour Jean-Pierre Gorges, nous devons sans tergiverser faire le pari de l’avenir et donc plus que jamais continuer à investir. Discours de la méthode.

Votre Agglo : Que retenez-vous de l’année 2020 et de la gestion de la crise sanitaire qui se prolonge ?

Jean-Pierre Gorges : En tant que maire et président de l’Agglomération, il est de mon devoir de mettre en œuvre les décisions de l’État. Dès que celui-ci décidera d’ouvrir des centres de vaccination, la Ville est prête à mettre à sa disposition les salles nécessaires et à mobiliser les personnels de santé de la communauté de notre territoire de santé.

Nous le faisons déjà pour les tests, ouverts à tous les habitants de l'agglomération, dans les Maisons pour Tous. Mais je suis aussi un citoyen qui relève jour après jour les contradictions et les incohérences des décisions gouvernementales. Les masques… Les tests… La campagne de vaccination…

Je n’aurai pas la cruauté d’insister. Mais je ne peux m’empêcher de comparer notre système centralisé, ses hésitations et ses échecs, au système allemand par exemple, puisque nos deux pays consacrent la même proportion de leur richesse nationale à la santé publique. Leur organisation est décentralisée. Elle compte 1 administratif pour 1 soignant quand nous comptons 2 administratifs pour 1 soignant. Il ne faut pas s’étonner qu’ils aient davantage de lits et de personnel soignant pour s’en occuper.

Au-delà, cette crise sanitaire est un révélateur impitoyable. Nous parlons de la santé, mais l’on voit bien que la « fatigue » du système est générale. On parle des lenteurs de l’État. J’ai déjà dit ici qu’il nous fallait deux à trois fois plus de temps aujourd’hui qu’il y a 20 ans pour mener à bien un projet, dans tous les domaines. C’est toute notre organisation qu’il faut revoir, comme je l’ai écrit dans un livre il y a 4 ans. Mais ce journal n’est pas, vous le comprendrez, l’endroit approprié pour le développer.

VA : Dans quel état d’esprit abordez-vous l’année qui commence ?

JPG : Plus que jamais, nous devons agir, anticiper, investir. À l’inverse de nos gouvernants qui subissent, n’agissent que pour interdire, courent après l’événement (les vaccins !), n’ont de stratégie que par défaut (les masques !).

Tout habitant de l’Agglomération, qu’il soit d’accord ou pas avec notre gestion, sait que nous avons une stratégie, toujours la même, et que nous la tenons quelles que soient les circonstances. Nous accordons la priorité à l’investissement, à l’avenir.

La confiance n’a pas d’autre ressort. Cette continuité et cette cohérence nous permettent aussi de nous adapter aux circonstances qui ne dépendent pas de notre volonté.

VA : Justement, l’État propose son Plan de relance pour répondre aux conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire...

JPG : Nous y avons répondu tout de suite. Et c’est parce que nous avons des projets prêts à démarrer, qui peuvent s’inscrire dans ce Plan : le futur Parc des expositions, la Maison internationale de la cosmétique, etc.

Chartres métropole affiche depuis 20 ans son ambition. Elle est traduite concrètement dans notre Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT). C’est notre projet de territoire, dont nous planifions l’exécution financière à travers nos plans pluriannuels d’investissements (PPI). Soit 245 millions d’investissements pour les 3 prochaines années.

Cette stratégie, cette volonté d’investir ne doivent rien à la crise actuelle. Mais la crise ne fait qu’en renforcer la nécessité. Tout le monde doit savoir que l’investissement public dans notre pays passe très majoritairement par les collectivités locales et territoriales. L’État est paralysé par ses coûts de fonctionnement…

Nous investissons dans un but précis : accroître l’attractivité de notre territoire en proposant aux particuliers et aux investisseurs des équipements et des services de bonne qualité.

Ces investissements font également tourner l’économie locale, donnent du travail à ses employés, etc. Regardez le Jardins d’entreprises, vide en 2001, plein aujourd’hui. Et puis ce dynamisme encourage les entreprises à investir, à créer des emplois. Cela en attire d’autres, et ainsi de suite…

Un mot encore du Plan de relance : l’État ne nous propose pas d’argent, mais la possibilité de contracter des emprunts à très bas taux d’intérêt et surtout à très long terme. Il faut donc relativiser les controverses artificielles sur l’endettement.

VA : Le dernier Conseil communautaire a voté à 68% de ses membres l’instauration d’une taxe foncière propre à l’Agglomération. Pourquoi cette décision inévitablement impopulaire ?

JPG : Le gouvernement a maintenu les amputations des finances communales et intercommunales décidées par ses prédécesseurs. Pour Chartres métropole, ce sont 3 millions d’euros en moins chaque année. Le gouvernement a également supprimé la taxe d’habitation. Jusqu’à quand tiendra-t-il sa promesse de la compenser financièrement pour les communes ?

En attendant, l’Agglomération voit ses obligations s’accroître. De par la Loi ou parce que les communes ne peuvent plus les assumer seules : Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (GEMAPI), éclairage public, enfouissement des réseaux, transports à la demande, archéologie, tourisme, etc. Tout cela a un coût. Supplémentaire.

Pendant ce temps, Chartres métropole a mis en place un véritable pacte de solidarité avec les communes. Au cours du mandat précédent, elle a redistribué 184 millions d’euros aux 66 communes, davantage que le total des impôts économiques perçus pendant la même période. Ce n’était pas une obligation pour Chartres métropole. Nous aurions pu baisser cette Dotation de solidarité communautaire (DSC) et limiter nos Fonds de concours pour les communes périurbaines et rurales. Elles n’auraient pu continuer à investir, certaines auraient même eu du mal à boucler leur budget, sauf à augmenter leur propre taxe foncière. Cette part supplémentaire de taxe foncière que nous instaurons a le premier mérite d’éviter cela.

Deuxièmement, ce prélèvement supplémentaire sera intégralement destiné à l’investissement, c’est-à-dire aussi à l’activité des entreprises et au travail de leurs personnels. Quand j’entends un maire de commune rurale me dire que ses nouveaux habitants viennent s’installer chez lui parce qu’ils fuient la ville et ses impôts plus élevés, je ne peux m’empêcher de lui répondre : mais où ces habitants travaillent-ils, sinon le plus souvent dans la zone urbaine ? Et j’ai dû, à l’inverse, m’occuper il y a quelques années, des salariés licenciés d’une entreprise pourtant située hors de l’agglomération, pour la bonne raison qu’ils habitaient dans les logements sociaux de Chartres, la commune où résidait l’entreprise en étant dépourvue…

La réalité, c’est que pendant des années c’est la ville centre, Chartres, qui a financé seule les grands équipements qui servent à tous les habitants de l’Agglomération. Un spectateur paie seulement 1/3 du coût réel de sa place de théâtre. D’où qu’il vienne.

C’est la Ville de Chartres qui a financé intégralement la médiathèque (22 millions d’euros) dont tous les usagers bénéficient de la quasi gratuité. D’où qu’ils viennent.

C’est pareil, dans des proportions variables pour le Conservatoire, le cinéma, etc.

Depuis quelques années, Chartres métropole a en partie pris le relais de ce financement des équipements. Cela a commencé par l’Odyssée. La solidarité doit nécessairement marcher sur ses deux jambes. Si elle veut durer. L’appartenance à Chartres métropole est libre…

VA : Mais le propriétaire-contribuable, lui, peut avoir du mal à l’accepter ?

JPG : Si vous regardez le chemin parcouru depuis 2001, chaque propriétaire a vu la valeur de ses biens immobiliers augmenter de façon considérable. Personne ne peut le nier. Et c’est grâce, en partie au moins, à la modernisation de l’Agglomération, au renforcement de son attractivité, grâce à des équipements publics et des services de qualité. La preuve : quand un particulier achète une maison ou un appartement, il s’assure toujours préalablement que la commune où il effectue son achat appartient à Chartres métropole.

De plus, ces propriétaires (et même partiellement les plus aisés à compter de cette année) bénéficient de la suppression de la taxe d’habitation. Cet avantage, l’instauration de la part intercommunale de la taxe foncière n’en reprend qu’une toute petite partie. Et nous ne le faisons pas pour payer nos fins de mois, comme c’est le cas pour le déficit de l’État. Nous le faisons exclusivement pour continuer à investir, ce qui, par voie de conséquence, valorisera encore les propriétés des particuliers et des entreprises.

La solidarité forme une chaîne : le propriétaire a besoin du locataire, lequel ne vient s’installer ici que s’il y trouve du travail, des équipements publics et des services de qualité. Ce doit être du gagnant-gagnant.

VA : Quels projets seront réalisés à court terme ? À moyen terme ?

JPG : Cette année entreront en service le Pôle administratif, la nouvelle cuisine de restauration collective, l’hôtel d’entreprises de la Cité de l’innovation, le Cadr’Ent (un guichet unique pour les entreprises dans l’ancien Grenier à Sel).

Se poursuivront : l’aménagement de la Maison internationale de la cosmétique, la construction du Complexe culturel et sportif, celle de la plateforme multimodale du Pôle gare, avec un nouveau parking en-dessous.

S’engageront les chantiers du Parc des expositions, du nouvel EHPAD porté par le Centre intercommunal d’action sociale (CIAS), etc.

Mais ces grands équipements ne constituent qu’une partie de nos investissements. Ce sont aussi des dizaines de millions d’euros qui vont au quotidien être consacrés à l’enfouissement des réseaux électriques, à un éclairage public plus efficace et plus économe, au nouveau Centre de supervision intercommunal de la vidéoprotection, à l’eau et à l’assainissement, au traitement des déchets, à l’élargissement du Plan vert autour de l’Eure, aux zones d’activité qu’il faut agrandir, etc.

VA : Le Conseil communautaire du 17 décembre a également adopté à l’unanimité une délibération qui clôt le dossier controversé de la piscine des Vauroux, laquelle devient un équipement géré par Chartres métropole…

JPG : Enfin ! Les deux propriétaires de cette piscine, le nouveau maire de Lucé et la nouvelle maire de Mainvilliers, ont fait leurs comptes et tiré les leçons de l’expérience. Le premier, en accord avec la seconde, m’a proposé que la piscine des Vauroux retrouve le giron communautaire.

Au vu de l’élargissement de l’Agglomération et des nouveaux besoins en lignes d’eau pour l’apprentissage de la natation des scolaires, la piscine des Vauroux devient d’un intérêt communautaire manifeste.

J’observe que certains trouvaient, encore récemment, l’Odyssée démesurée… Je me réjouis de ce retour aux réalités et au bon sens, à l’intérêt général bien compris. Je note cependant que cette solidarité intercommunale a un coût pour l’Agglomération : 700 000 euros à partir de cette année…

Encore un exemple de cette chaîne de solidarité que je décrivais tout à l’heure.